Les poèmes d’Idrîs de Vos. Ses traductions de poésie spirituelle arabe font l’objet d’une page distincte.
Poèmes
Souffle divin
Février 2026 — à tous les cœurs brisés en ce début de Ramadan
Mon souffle était lové au creux de ton cristal,
Quand ils l’ont morcelé. Il a émis ton râle.
Sous les bris et les bruits de l’espérance éteinte,
C’est mon flux familier qui modulait tes plaintes.
Ils me disent au-delà des maux et des souffrances,
Mais qui dans tout soupir exhale sa présence ?
Palette
30 mars 2024
De leur traits nuancés, ton pinceau ne consent
Que les plus ternes teints, Il ne peint que l’absent.
L’œil éteint aux accents nuancés des palettes,
Le seul néant de soi sur sa toile projette.
Ce pli qui enlaidit un visage recèle
Des lignes d’écriture, des missives plurielles ;
Et les maux, sous le derme, irriguent des pigments,
Que ne voit que le peintre exercé au tourment.
Foyer
27 novembre 2023 — à ma fille
À l’image du feu, de toute indifférence,
On ne ressent l’ardeur, qu’à intime distance.
Si dedans le foyer, notre bois se consume
Sans cœur, le don de soi, n’engendre qu’amertume.
Mais si l’abnégation alimente nos flammes,
Elle anime et l’amour et la grandeur des âmes.
Le temps d’un tour
12 novembre 2023
Sur la girelle, argile, le temps pétrit ton être.
Il enserre, il évase, et fait périr et naître.
Son étreinte, tantôt, jugule tes mobiles,
Et inhibe à l’excès l’élan de tes idylles ;
Sa relaxe, tantôt, dilate tes contours,
Et morcelle d’autant l’objet de tes amours.
Le cadrant de ta vie, à l’image du tour,
En son axe se fige et à sa marge court.
Que l’inertie, faïence, étendant tes actions,
N’altère le ciment de ta contemplation ;
Et que le non-agir, conjoignant tes nuances,
Soit ce cœur même où gire, à l’œuvre, ta conscience.
Estuaire
14 octobre 2023
Âme, émeus-toi toujours ou ne t’émeus jamais ;
Ou, à l’abnégation, ta part meurtrie soumet.
Âme, émeus-toi toujours des crues ensanglantées.
L’éphémère effusion vaut pour l’éternité.
Peu chaut de quel amont une peine ruisselle,
Si son mal en aval, à ton tourment se mêle.
Ou ne t’émeus jamais, mais si ton sang s’épanche,
Garde ton œil aride à tous sanglot étanche ;
Et si ta propre chair participe à teinter,
Le torrent de nos deuils, n’en sois pas affecté.
Ou, à l’abnégation, soumets ton flot amer,
Et, fort de ses assauts, évase l’estuaire
Où toute larme aborde une onde sans contour,
Puis de sa grandeur fais, de la paix, le séjour.
Mosaïque
Septembre 2023
Vois sous mon derme, ami, la joute des tesselles,
De ces fragments d’amants et brisures plurielles.
En ce « moi » Mosaïque, incidemment conçu,
Les émaux d’émotions composent à mon insu.
« Qui suis-je », tu demandes ? Au-dedans plonge et vois
La volte des désirs et les rivales voix ;
Au revers de mes côtes, le sort ajoute et ôte.
Je suis, de l’art précaire, et le support et l’hôte.
De l’œuvre admirateur, je suis aussi cet œil,
Immobile et profond demeurant sur le seuil.
Peut-on voir au dehors et soi-même se voir ?
A moins que tout ne soit, de ce soi, le miroir.
Ajour
Janvier 2023
Être claustré dans l’âtre éteint de ta conscience,
Ô suie, ternie de soi, rebu d’incandescence,
Ton creux fétu de cœur n’émeut que ta poitrine,
Et à flatter ton flanc sa flamme se confine.
Alors, cendreuse chair, chevauche un filet d’air,
Et soustrais à sa mue ta diaphane poussière,
Puis sous un rai d’ajour, serti ta transparence,
L’amour effleurera ton inflammable essence.
Brume
La brume a déployé sa paupière illusoire
Sur ma bruyère au cœur, sur mon heureuse part.
Nul éden n’a pali. Mais ma nuée trop basse,
Se substitue à tout ce que le jour embrasse.
Me voilà dans la tourbe, rampant, pour débusquer,
Le parfum reliquat d’un églantier musqué,
Là même où l’horizon, la foison, le parterre,
Attendent la levée d’un écran de paupière.
Voir aussi
Poèmes traduits de l’arabe
La Burda d’al-Busiri et six pièces de poésie spirituelle, l’original arabe en regard de la traduction : al-Shâfiʿî, Ibn al-Dabbâgh, al-Suhrawardî, al-Harrânî…
Lire →