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Poèmes traduits de l’arabe
Les traductions de poésie spirituelle arabe d’Idrîs de Vos : la Burda d’al-Busiri, puis six pièces inédites données avec l’original en regard de la traduction.
Cinq d’entre elles sont extraites du Mashâriq Anwâr al-qulûb wa-mafâtîh asrâr al-ghuyûb — « Les orients des lumières des cœurs et les clés des secrets des mystères » — traité de spiritualité musulmane de ʿAbd al-Rahmân al-Ansârî Ibn al-Dabbâgh, qui cite les vers de plusieurs maîtres de la Voie. La sixième est attribuée à l’imam al-Shâfiʿî.
Le parti pris de traduction est celui du vers régulier et rimé : plutôt que la littéralité, il cherche à restituer en français la tenue prosodique de l’original — d’où, ici et là, une amplification du texte arabe.
« L’éloge du Prophète » — la Burda
Al-Imâm al-Busiri — extraits, avec la récitation chantée
Petite musique pour les jeunes 🙂Allah, Allah, Allah ; Allah yâ Mawlanâ,
Allah, Allah, Allah ; l-habîb Rasûl Allah.
Nulle terre ne vaut celle où il gît, hélas.
Ah ! Grand bien fasse à qui la respire et l’embrasse !
Dieu permet que jamais l’épanchement ne cesse,
D’une pluie de prière, à sa très pure adresse,
Est-ce le souvenir, au sein de Dhi Salam,
De voisins exilés dont te reste la flamme,
Qui à ces dolents pleurs en tes yeux, incessants,
Mêle ces autres flots, impétueux… de sang ?
Ou ton cœur s’émeut-il et brûle d’odorer,
Fleurant de Kâzima, un effluve adoré ?
Est-ce encore un éclair, depuis Idam, au soir,
Qui de sa lueur vive attise ta mémoire ?
Allah, Allah, Allah ; Allah yâ Mawlanâ,
Allah, Allah, Allah ; l-habîb Rasûl Allah.
Nulle terre ne vaut celle où il gît, hélas.
Ah ! Grand bien fasse à qui la respire et l’embrasse !
Dieu permet que jamais l’épanchement ne cesse,
D’une pluie de prière, à sa très pure adresse,
A son charme ineffable on ne conçoit de pair
Indivise est l’essence en sa grâce plénière.
L’entendement n’aveint sa nature profonde
Et, vaines, les pensées, confondent qui le sonde.
A son être attribue ce qu’il te sied d’honneur
Et à ta convenance exalte sa valeur ;
Ce que l’on sait de lui est qu’homme il fut conçu,
Et que des êtres tous il se tient au-dessus.
Allah, Allah, Allah ; Allah yâ Mawlanâ,
Allah, Allah, Allah ; l-habîb Rasûl Allah.
Nulle terre ne vaut celle où il gît, hélas.
Ah ! Grand bien fasse à qui la respire et l’embrasse !
Dieu permet que jamais l’épanchement ne cesse,
D’une pluie de prière, à sa très pure adresse,
Tout miracle émanant d’un illustre envoyé
N’est qu’un scintillement à sa flamme liée.
Combien d’enchantement est sa genèse pleine :
Façonné tout de grâce, avenant et amène.
Comme si demeurait, perle rare qu’il est,
Son absolu secret par deux nacres celé :
La première en son verbe, auguste, impénétrable,
L’autre non moins superbe en son sourire aimable.
Allah, Allah, Allah ; Allah yâ Mawlanâ,
Allah, Allah, Allah ; l-habîb Rasûl Allah.
Nulle terre ne vaut celle où il gît, hélas.
Ah ! Grand bien fasse à qui la respire et l’embrasse !
Dieu permet que jamais l’épanchement ne cesse,
D’une pluie de prière, à sa très pure adresse,
Tant qu’un vent amoureux fera que se déhanchent,
Par son souffle, en tout lieu, les odorantes branches ;
Et tant que la chamelle ira le cœur ému,
Au chant du chamelier, par son seul rythme mue.
Texte traduit par Idrîs de Vos « L’éloge du prophète » (la Burda de l’Imam Al-Busiri)
« Dieu qui de Ses égards… »
Al-Imâm al-Shâfiʿî
وَنورٌ مِنَ الرَّحمنِ يَفتَرِشُ السَّما
Tapisse l’empyrée de son brocart de jour !
إذا قارَبَ البُشْرى وَجازَ إلى الحِمى
L’invite de l’union et les abords du camp !
يُطالِعُني في ظُلْمَةِ القَلْبِ أنجُما
En mon cœur ténébreux enflamme mille étoiles.
« L’arcane universel souhaites-tu dévoiler ? »
ʿAbd al-Rahmân al-Ansârî Ibn al-Dabbâgh — Mashâriq Anwâr al-qulûb, p. 24
أرَدْتَ تَكْشيفَ سِرِّ العالَمَيْنِ مَعا
Parachève ton être à chérir les beautés.
أرَتْكَ فيها جَمالَ الكُلِّ مُنْطَبِعا
Que sa moire, du tout, peint la sublimité.
تُدْرِكْهُ فيكَ بِأُفْقِ النَّفْسِ قَدْ طَلَعا
Qui en miment les traits. Alors, en l’horizon
De ton âme éclaircie, tu en verras le point.
في ضِمْنِ ذاتِكَ مَعنى الكُلِّ قَدْ جُمِعا
Fais dument abstraction de ce que tu n’es point
Tu trouveras sein de ton être essentiel,
Du principe du tout la synthèse fidèle.
« De leur union, la brise a effleuré l’aurore »
Abû Muhammad ʿAbd Allâh Ibn al-Qâsim — Mashâriq, p. 71
بِحَرائِقٍ لِلشَّوْقِ في قَلْبي
Attisant en mon cœur un dévorant transport.
وَتَناثَرَتْ ثَمَرٌ مِنَ الحُبِّ
Laissant choir de l’amour la glanure en surcroît.
بِشُعاعِها لِسُرادِقِ الحُجْبِ
A percé de ses traits les voiles de nos tentes !
وَجْهُ الرِّضا عَنْ ظُلْمَةِ العَتْبِ
Dissipa l’âpre suie des maux et des outrages.
إلّا ظَنَنْتُ بِأنَّهُ حِبّي
Je crois, de l’Être aimé, contempler les atours !
« Le verre était si fin… »
Al-Suhrawardî — Mashâriq, p. 98
وَتَشاكَلا فَتَشابَهَ الأمْرُ
Comme l’était le vin,
Que les deux se mêlèrent :
Étourdissante affaire !
وَكَأنَّما قَدَحٌ وَلا خَمْرُ
Le second n’était point.
Verre sans vin, vin sans verre !
Un, enfin, sans alter !
« La brise a révélé tes secrètes essences »
Mashâriq, p. 108
فَبَدا الغائِبُ وَاسْتَحْيا العَذولُ
Ta présence frappant les senseurs de silence !
عَلَّمَتْ بانَ الحِمى كَيْفَ يَميلُ
A enseigné aux joncs l’art de se déhancher.
« Me voilà plus subtil que l’effluence hôtesse »
Abû al-Hasan al-Harrânî — Mashâriq, p. 119
عَلى الرِّياضِ يَكادُ الوَهْمُ يُؤْذيني
D’un luxuriant parterre !
Peu s’en faut que me blesse, en ma délicatesse,
La plus frêle chimère !
وَكُلُّ ناطِقَةٍ في الكَوْنِ تُطْرِبُني
Je hume cent nectars :
Et je m’émeus des mots qu’énonce tout mortel,
En l’univers épars !
Traductions d’Idrîs de Vos. Le texte arabe est reproduit d’après les éditions imprimées consultées par le traducteur ; la vocalisation est éditoriale.