Proxémie 9 : générosité et avarice

L’avarice

ضَنّ / شُحّ / بُخْل

Il est admis que le mot شُحّ exprime la grande avarice. Il est donc plus fort que le mot بُخْل. Par ailleurs, il est employé pour des réalités immatérielles : on peut l’employer dans des expressions telles que « شحيح بوقته » (avare de son temps). En revanche, le mot بخيل ne s’emploie que par rapport à des biens matériels.

Certains disent que le mot شحّ correspond à la disposition intérieure empêchant de donner, et que le بخل correspond à l’action elle-même. D’autres affirment que le mot شحّ inclut l’avidité vis-à-vis des biens d’autrui.

ضَنّ : ce terme désigne également la grande avarice. Il a la particularité d’être employé plus spécifiquement pour les choses précieuses, ou auxquelles on tient particulièrement. Ainsi, l’expression « ضَنائِن الله » désigne l’élite de Sa création, ceux auxquels Il tient au point de ne pas vouloir les partager.

Dans le passage « وَمَا هُوَ عَلَى الْغَيْبِ بِضَنِينٍ », il s’agit précisément de ne pas être avare d’informations concernant l’invisible, ces informations étant hautement précieuses.

وَاللَّهُ لَا يُحِبُّ كُلَّ مُخْتَالٍ فَخُورٍ الَّذِينَ يَبْخَلُونَ وَيَأْمُرُونَ النَّاسَ بِالْبُخْلِ

Dieu n’aime pas les insolents infatués, ceux qui sont avares et recommandent l’avarice. (57,23-24)

فَإِذَا ذَهَبَ الْخَوْفُ سَلَقُوكُمْ بِأَلْسِنَةٍ حِدَادٍ أَشِحَّةً عَلَى الْخَيْرِ

Ensuite, une fois la peur dissipée, ils vous blessent de leurs langues acérées et sont avares de bienfaisance. (33,19)

وَلَقَدْ رَآهُ بِالْأُفُقِ الْمُبِينِ وَمَا هُوَ عَلَى الْغَيْبِ بِضَنِينٍ

Il l’a effectivement vu à l’horizon manifeste. Et il n’est pas avare relativement à l’invisible. (81,23-24)

La générosité

نَدَى / إِيثار / جُود / كَرَم

كَرَم : ce terme a la particularité d’inclure les sens de « générosité » et de « noblesse », un peu comme le terme « magnanime » en français. C’est sans doute parce que la largesse était la vertu cardinale des Arabes de la péninsule que la noblesse a été associée à cette vertu. Toujours est-il que le concept de كَرَم regroupe ces deux sens. Dans le passage « إِنَّ أَكْرَمَكُمْ عِندَ اللَّهِ أَتْقَاكُمْ » (49,13), c’est bien cette racine qui est employée pour signifier la « noblesse » qui distingue les individus. C’est aussi cette racine que l’on retrouve dans le passage « وَلَقَدْ كَرَّمْنَا بَنِي آدَمَ » (17,70).

جُود : ce mot signifie la générosité, mais comporte aussi dans sa racine la notion de « qualité », un peu comme le mot « bonté » en français. Ce mot est également employé pour désigner la pluie abondante. Dans le Coran, le mot « جِياد » signifie les « chevaux de race » : c’est la seule occurrence de sa racine.

إيثار : ce mot a le sens très spécifique de « donner prévalence à autrui sur soi-même ». Il s’agit donc de « l’altruisme » au sens strict du terme. On le trouve dans le Coran sous forme verbale dans le passage « وَيُؤْثِرُونَ عَلَى أَنْفُسِهِمْ وَلَوْ كَانَ بِهِمْ خَصَاصَةٌ » (59,9).

نَدَى : ce mot signifie à la fois la « rosée » et la générosité, ce qui n’est pas surprenant, car dans la culture arabe la générosité est souvent associée à l’eau de manière métaphorique. Dans le Coran, cette racine apparaît à travers le mot « نادٍ », lequel fait référence aux lieux où se tenaient les assemblées de gens « magnanimes ».

وَمَنْ شَكَرَ فَإِنَّمَا يَشْكُرُ لِنَفْسِهِ وَمَنْ كَفَرَ فَإِنَّ رَبِّي غَنِيٌّ كَرِيمٌ

Quiconque est reconnaissant l’est pour son propre bien ; quant à l’ingrat, eh bien, mon Seigneur se dispense [de tout] en Sa richesse, et est généreux. (27,40)

إِذْ عُرِضَ عَلَيْهِ بِالْعَشِيِّ الصَّافِنَاتُ الْجِيَادُ

Quand, un après-midi, on lui présenta des chevaux de course racés. (38,31)

وَيُؤْثِرُونَ عَلَى أَنْفُسِهِمْ وَلَوْ كَانَ بِهِمْ خَصَاصَةٌ وَمَنْ يُوقَ شُحَّ نَفْسِهِ فَأُولَئِكَ هُمُ الْمُفْلِحُونَ

Ils leur donnent prévalence sur eux-mêmes, fussent-ils dans l’indigence. Et ceux qui se gardent de leur propre avarice, ceux-là sont ceux qui récolteront. (59,9)

فَلْيَدْعُ نَادِيَهُ سَنَدْعُ الزَّبَانِيَةَ

Qu’il appelle donc son assemblée. Nous appellerons les gardiens (de l’Enfer). (96,17-18)

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